Immobilier

Loi Lagleize en 2025 : entre fantasmes d’expropriation et réalité juridique

Éloïse Vanier-Bressac 5 min de lecture

La proposition de loi Lagleize alimente régulièrement les débats sur les réseaux sociaux et les forums immobiliers. Présentée comme une révolution pour l’accession à la propriété, elle est souvent entourée de fantasmes, allant de la suppression de la propriété privée à une expropriation massive. Pourtant, la réalité est nettement plus nuancée. En 2025, il est nécessaire de distinguer les intentions politiques initiales du statut juridique réel de ce texte pour comprendre ce que le mécanisme de dissociation du foncier et du bâti implique réellement pour les propriétaires et les futurs acquéreurs.

Qu’est-ce que la loi Lagleize et d’où vient-elle ?

La proposition de loi Lagleize tire son nom de Jean-Luc Lagleize, ancien député, qui a porté ce projet pour répondre à une problématique majeure : le coût prohibitif du foncier dans les zones tendues. Le constat est simple : dans les grandes agglomérations, le prix d’un appartement ou d’une maison est gonflé par la valeur du terrain, rendant l’accès à la propriété difficile pour les ménages modestes et les classes moyennes.

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L’idée centrale est de permettre la dissociation entre la propriété du bâti et la propriété du sol. L’acquéreur devient propriétaire des murs, tandis que le foncier reste la propriété d’un tiers, généralement une collectivité ou un organisme foncier. L’acheteur paie alors une redevance pour l’occupation du terrain. Cette approche vise à réduire le ticket d’entrée financier, favorisant ainsi la densification urbaine.

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Quel est le statut réel de la loi en 2025 ?

C’est ici que réside la plus grande source de confusion. Si le texte a fait couler beaucoup d’encre, la loi Lagleize n’est pas en vigueur. Le parcours législatif a été marqué par une adoption en première lecture par l’Assemblée nationale le 28 novembre 2019, mais le processus s’est arrêté là.

Tableau comparatif loi Lagleize, BRS et OFS pour comprendre la dissociation du foncier et du bâti
Tableau comparatif loi Lagleize, BRS et OFS pour comprendre la dissociation du foncier et du bâti

Pour qu’une telle réforme devienne une réalité juridique applicable, elle doit suivre un cheminement parlementaire complet, être votée dans des termes identiques par le Sénat, puis faire l’objet de décrets d’application. En 2025, aucun de ces décrets n’a été publié, car la proposition n’a jamais été définitivement adoptée. Il ne s’agit ni d’une loi applicable, ni d’un dispositif obligatoire pour les transactions immobilières. Ce projet reste, à ce stade, une réflexion législative en suspens plutôt qu’une contrainte pour les propriétaires.

Le mécanisme de dissociation : fonctionnement et objectifs

Le modèle repose sur une séparation juridique durable. L’objectif est de permettre aux ménages d’acheter un logement à un prix nettement inférieur au marché, puisque le foncier est exclu de la transaction. L’acquéreur signe un bail de très longue durée, pouvant atteindre 99 ans, pour l’occupation du sol.

En séparant le sol, on laisse la porte ouverte à une gestion publique ou associative du terrain. En sanctuarisant la propriété du sol, on empêche la spéculation foncière de faire grimper artificiellement le prix du bâti, offrant une sécurité à long terme aux occupants. Ce système permet d’articuler l’urbanisme avec des enjeux sociaux :

La réduction du coût d’acquisition est estimée entre 30 et 50 % selon le poids du foncier dans le prix final. La maîtrise du foncier permet aux collectivités de conserver la main sur l’usage des sols tout en favorisant une densification intelligente. Enfin, l’accession facilitée permet à un public plus large d’acheter sans s’endetter sur des durées extrêmes.

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Loi Lagleize, BRS et OFS : comment ne pas confondre ?

La confusion est fréquente, car la proposition Lagleize partage des points communs avec des dispositifs déjà opérationnels : le Bail Réel Solidaire (BRS) et les Organismes Fonciers Solidaires (OFS).

Dispositif Statut en 2025 Principe
Loi Lagleize Proposition non adoptée Dissociation foncier/bâti
BRS En vigueur Bail longue durée avec plafonds de prix
OFS En vigueur Organisme gérant le foncier en BRS

Le BRS permet déjà de dissocier le foncier du bâti. Les rumeurs affirmant que l’État va confisquer les terrains des propriétaires actuels sont infondées. Ces infox reposent sur une mauvaise interprétation de la volonté de réguler le marché foncier, et non sur une menace visant la propriété privée existante. Le BRS est une démarche volontaire : on choisit d’acheter en BRS pour bénéficier d’un prix réduit, ce n’est pas une mesure imposée.

Impacts réels pour les futurs acquéreurs

Si un dispositif similaire à la loi Lagleize voyait le jour, l’impact pour les futurs acquéreurs serait principalement une diversification des modes d’accession. Au lieu d’acheter un bien « tout compris », l’acheteur aurait le choix de se diriger vers des biens en propriété dissociée.

Pour les zones tendues, cela représenterait un levier pour maintenir les classes moyennes dans les centres urbains. Toutefois, cela implique une gestion spécifique lors de la revente : le prix du bâti est souvent encadré pour éviter la spéculation, ce qui signifie que la plus-value potentielle est moins importante que dans le cadre d’une propriété classique. C’est un arbitrage entre une accessibilité immédiate et une perspective de profit patrimonial à long terme. La loi Lagleize n’est pas une menace pour le propriétaire actuel, mais un outil potentiel pour repenser l’accès au logement dans les décennies à venir.

Éloïse Vanier-Bressac
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